Aujourd'hui, en ces temps troubles de barbarie, de bruits de bottes, d'insécurité, de regards haineux, de violence pas toujours contenue, j'ai voulu prendre le contrepied pour parler de culture, d'art....
Vous retrouverez dans mon billet l'esprit des salons littéraires, une certaine élégance, une délicatesse, une tonalité désuète qui ne plaira peut-être pas à certains lecteurs plus sensibles au pragmatisme qu'à l'esthétique littéraire. Mon post ne s'adresse donc qu'aux amoureux des arts et des lettres. Quant aux incultes grossiers et primaires, ils peuvent passer leur chemin....

Alors voilà:

Je vous parle d'un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Puisque mon sujet d’aujourd’hui est intégralement consacré à un événement majeur de l’année 1980.

1980, c’était il y a 36 ans, 12 ans après les événements de mai 1968, ceux du printemps de Prague, 11 ans après le premier pas de l’homme sur la lune.

1980 c'est l'année de la disparition de Steve Mc Queen, Tex Avery, Henry Miller, Jean-Paul Sartre, Jess Owens, c’est l’année de l’assassinat de John Lennon.

1980 c'est la dernière année pleine de pouvoir de Monsieur Valéry Giscard d’Estaing, quelques mois avant qu’il ne prononce cette réplique immortelle «Au revoir, Plop. »

1980 c'est l'année où Pacman envahit les écrans vidéo, ancêtre des Play Station, Wii et consorts.

C’est aussi en 1980 que l'Irak de Saddam Hussein attaque l'Iran de l'ayatollah Khomeiny, que Bob Marley donne son dernier concert, que Coluche déclare vouloir se présenter à l’élection présidentielle, que Sylvie Vartay et Johnny Hallydan divorcent….

C’est peut-être à ce bouillonnement culturel, politique, sociétal, qu’est dû le fait que certains autres événements devenus depuis essentiels, passaient alors injustement sous silence.

Et pourtant, c'est bien cette année là que dans une pièce obscure et enfumée, comme elles l’étaient toutes à l’époque, Messieurs Gérard Gustin et Jacques Mareuil se réunissaient quotidiennement jusqu’à la nuit et parfois jusqu’aux premières lueurs de l’aube, pour réfléchir, discuter, parfois même avec une certaine véhémence, avant de coucher sur papier le fruit de leurs réflexions.

Il leur a fallu de longs mois avant de pouvoir enfin produire un texte élaboré qui reste le texte fondateur de leur démarche tant philosophique qu’artistique. La hardiesse des mots reste aujourd’hui encore étonnante, tout comme le côté novateur des idées jamais passées de mode depuis toutes ces années.

Mais cette longue réflexion, cette recherche méthodique, si elles ont permis de jeter les bases d’un nouveau mouvement littéraire, devait être portée à la connaissance du plus grand nombre. Ce qui était très difficile car il n’existait à cette époque que peu de chaînes de télévision et de radios de qualité. Les émissions culturelles étaient alors animées par quelques hurluberlus du genre Jacques Chancel, Bernard Pivot ou autres José Artur, bien loin de la grande rigueur et du professionnalisme impeccables que nous connaissons aujourd’hui chez Nikos Aliagas, Nagui, Valérie Demidot ou Jean-Jacques Bourdin sur TF1, BFMTV et les autres.

Le coup de génie de Gérard Gustin et Jacques Mareuil, pour donner de l’écho à leur œuvre, fut de rendre visite à une personnalité influente dans le monde des arts et des lettres, tant muse que mécène, la baronne Léonie Cooreman.

Elle accepta avec l’enthousiasme communicatif que nous lui connaissons tous de devenir la porte-parole de leur mouvement littéraire comme André Breton avait été celui des surréalistes.

Ayant ses entrées dans les médias de l’époque, elle se mit elle-même au travail pour donner un fort écho à ce texte, s’enferma à son tour quelques semaines en studio travaillant sans relâche, avec une abnégation admirable.

Quand elle en ressortit, son chef d’œuvre « Tata Yoyo » était né et éclatait enfin au grand jour par le truchement de la voix sensuelle et profonde de la Baronne Léonie Cooreman plus connue néanmoins sous son nom d’artiste : Annie Cordy. (Notons que certains puristes lui préféreront une autre œuvre essentielle, mais sortie bien plus tard en 1985 : « Cho Ka Ka O » qui est un vibrant appel à la lutte des classes et au soulèvement populaire, mais que je trouve en ce qui me concerne un peu trop belliqueux et agressif.)

Le succès était foudroyant et le texte, on peut même parler de manifeste fondateur de Gustin et Mareuil, grâce au talent de l’artiste, atteignait les sommets des Hit-Parades de l’époque.

Mais chaque revers a sa médaille. En effet la présence envahissante d’une chanson sans cesse diffusée, a pour conséquence qu’on fredonne très vite les paroles tout en oubliant la substance des mots, en les vidant de leur sens. Et puis dans «popularité », il y a le mot « populaire ». Je ne vous fais pas de dessin : si maintenant on commence à inviter la populace à réfléchir au sens profond des textes littéraires, où allons-nous ? Je vous le demande !

Mais pourtant cette œuvre désormais dévoyée posait bel et bien une question à laquelle plus de 35 ans après, personne ne peut répondre encore : mais enfin, qu'est ce qu'il y a donc sous le grand chapeau de Tata Yoyo ? Le saurons-nous un jour ? Que ce soit nous, nos enfants ou nos petits enfants ? Bien malin qui peut le dire aujourd’hui. Avez-vous vous-même réfléchi à la question ? Dans la négative, connaissant la qualité et la profondeur de vos analyses, je vous y invite expressément.

A noter que la version originale de la Baronne Cooreman a été plus tard reprise par d’autres stars planétaires donnant ainsi une dimension supplémentaire intergénérationnelle à l’œuvre.

En voici un merveilleux exemple :
http://www.youtube.com/watch?v=qNif-qivJWM&sns=em .

Mais je n’oublierai pas de vous proposer aussi l’originale http://www.youtube.com/watch?v=d8ibtwowMyA&sns=em .

Je vous remercie de votre attention.